PORTRAIT | Quabar des Monceaux, l’excellence faite poney

Il y a souvent de ces poneys qui ne laissent personne indifférent, avec ce je-ne-sais-quoi qui les démarquent des autres dès qu’on les aperçoit pour la première fois. Quabar des Monceaux, somme toute. Quiconque vous dit qu’il n’aime pas le joli poney bai est un menteur : « King Quabar » est une merveille pour les yeux et on ne peut qu’être époustouflé devant ses aptitudes et son palmarès. Biaisé, vous dites ? Peut-être bien. Néanmoins, Quabar est le poney incontournable de ces dix dernières années. Vous en doutez encore ? Laissez ce portrait vous démontrer le contraire.

Remarquable dès sa naissance

Né en le 26 mars 2004 à l’élevage des Monceaux (Manche), Quabar est un produit à la génétique plutôt favorable. Son père, le poney de selle allemand Nabor SL, détonnait par sa petite taille (1,38m) qu’il a passé à son fils (1,46m ferré), mais était aussi réputé aussi pour son charisme ainsi que son modèle puissant à l’encolure ronde quasi-parfaite. Sous l’égide de l’éleveur André Magdelaine, ce finaliste des championnats d’Europe a été croisé avec la selle français Gina des Monceaux, dont tous les produits ont été indicés. Le croisement des deux est favorisé par une ascendance peu commune : Nantano (père de Nabor) et Uriel (grand-père de Gina) sont tous des chefs de file dans le monde de la reproduction européenne.

Quabar a donc hérité de toutes les qualités de ses parents et en grands-parents, surtout en termes de physique. C’est ce qu’on constate lors des premiers concours d’allure et de modèle auxquels il participe à 2 et 3 ans, lors desquels il remporte de nombreux flots et compliments pour ses caractéristiques prometteuses. Récompense suprême pour son âge, il est sacré champion de France des Poneys Français de Selle mâles de 3 ans à Lamotte.

Quabar des Monceaux en 2007 à Lamotte, la veille de son sacre de Champion de France des 3 ans. Ph: © Poney AS

Sa carrière sportive commence l’année suivante, sur les épreuves jeunes poneys qu’il éclabousse de son talent : 4ème et Élite à 5 ans, Excellent à 6 ans, le jeune poney se classe régulièrement sur le circuit avec sa première cavalière Gwenaëlle Anne. Les éleveurs ont tout de suite remarqué ses qualités de reproducteurs, puisque ce ne sont pas moins de 82 juments qu’il saillit pour la seule année de 2008.

Jusqu’à aujourd’hui, Quabar est reconnu pour ses qualités de reproducteur et ses produits performants auxquels il transmet son excellent coup de saut, ainsi que des allures amples et élastiques, distinctives de son modèle quasi-félin. Pour l’anecdote, pas moins de 32 de ses produits sont indicés à plus de 130 et tournent sur les épreuves des Tournées des As avec succès : pour le moment, le plus connu reste l’étalon Valiant des Charmes, qui tourne en Excellence sous la selle de Lola Brionne et s’est classé 4ème des derniers championnats de France, ainsi que 1er du CSIP de Fontainebleau, en plus de nombreux autres podiums et classements. Néanmoins, on ne doute pas que beaucoup d’autres de ses produits, déjà classés sur les circuits jeunes, feront parler d’eux à l’avenir. Mais, en plus de sa carrière d’étalon prolifique, c’est la régularité de Quabar sur les terrains qui est admirable et a fait le bonheur de trois talentueuses amazones.

L’apogée européenne

C’est à la fin 2010, à ses 7 ans, que le petit étalon bai rejoint sa première cavalière, Ninon Castex. Il serait vain de détailler tous leurs réussites en 5 ans ensemble : on peut juste citer les 24 épreuves en Tournée des As qu’ils ont remportées entre 2010 et 2015, ainsi que le nombre incalculable de classements et remises des prix auxquels on les retrouve. Après 2 ans passés à imprimer leur marque sur le milieu des poneys, Ninon et Quabar sont vice-champions de France en As Elite Excellence en 2013. L’année suivante, le couple prend sa revanche et finit sur la première marche du podium sous le soleil écrasant de Lamotte.

Ninon Castex & Quabar des Monceaux – Lamotte 2013. Ph: © Poney AS

Les deux bruns sont devenus incontournables, d’où leur rapide sélection en équipe de France ; on les retrouve aussi naturellement dans les CSIP bien connus du monde des poneys. Et quelle success story là-aussi ! Dès leur premier CSIP 130 à Barbizon en 2013, le couple se retrouve sur à la 5ème place ; Fontainebleau, classés aussi à la 7ème et à la 3ème sur les deux jours ; dans la Coupe des Nations de Hagen, 5ème par équipe. Quabar et sa cavalière s’illustrent aussi sur leurs premiers championnats d’Europe avec une 7ème place individuelle et la médaille en chocolat par équipe. L’année suivante, on prend les mêmes et on recommence, mais en encore mieux. Le couple est classé 2ème du GP de Barbizon et 3ème par équipe à la Coupe des Nations de Hagen, signe d’une stabilité et d’une complicité sans pareille.

Mais c’est la fin de saison 2014 qui intronise King Quabar solennellement dans la cour des grands. À Arezzo, une barre en sortie de triple, sur l’avant-dernier obtsacle du parcours, avait privé la cavalière française de médaille. Ninon prend sa revanche à Millstreet, en 2014. Sans une seule barre à terre sur leurs cinq parcours, quelques semaines après avoir été sacrés champions de France, elle devient avec son excellent poney la première cavalière française à remporter la médaille d’or individuelle aux championnats d’Europe depuis leur création en 1978. Autre consécration, ses camarades Victoria Tachet(Rexter d’Or), Thomas Scalabre (Sligo de Mormal), Nina Mallevaey(Rominet de Bruz) et elle-même sont sacrés champions d’Europe par équipe. Millstreet signe une des plus belles moissons françaises, puisqu’en CCE, Victor Levecque et Qualitat des Bourdons récolte la médaille d’or en individuel ainsi que par équipe avec Marine Bolleret(Perle du Boisdelanoue), Yfke Bouget (Djaipour) et Héloïse Le Guern(Quarisma du Boisdelanoue).

Ninon Castex & Quabar des Monceaux – CH. EU. Millstreet. Ph: © Poney AS

Champion de la régularité

Avec cette belle victoire à Millstreet, Quabar des Monceaux a prouvé qu’il fallait compter sur lui lors des plus grosses échéances, qu’elles soient nationales ou internationales. C’est sur leur médaille d’or que le couple Ninon et Quabar se sépare : quoi de plus beau pouvaient-ils s’offrir à l’un l’autre ? C’est désormais Charlotte Lebas, l’élève de Claude Castex (dont on devine aisément qui est sa fille), qui caracolera en tête des podiums avec Quabar. Pendant leurs trois ans ensemble, comme avec sa précédente cavalière, on ne compte pas non plus le nombre de TDA Excellence que Quabar et Charlotte remportent ou auxquels ils sont classés. Leur première saison ensemble est parachevée par un titre de champions de France As Élite Excellence en 2015, et Quabar conserve donc son titre chèrement acquis l’année précédente.

C’est aussi l’occasion pour l’expérimenté poney d’amener sa cavalière au plus haut niveau : pour leur premier BIP, c’est une belle 5ème place dans le GP 130 ; à Hagen, le couple remporte le CSIOP ; la Coupe des Nations de Wierden voit l’équipe de France s’octroyer la 2ème place et aux championnats d’Europe de Malmö, la cavalière et son fringant poney participent à la belle médaille de bronze de l’équipe. Si Quabar ne devient pas pour la deuxième fois consécutive champion d’Europe en individuel, c’est la Française Justine Maërte et le tout-bon Shamrock du Gite qui occupe la première place du podium. Qu’importe, cocorico ! Mais l’histoire de Charlotte et Quabar ne s’arrête évidemment pas là, puisque 2015 n’est que l’inauguration d’une saison 2016 remplie de succès. En effet, c’est un carton sur les plus grands CSIP. Vainqueurs de deux épreuves 130 au CSIP de Deauville, Quabar et Charlotte sont aussi dans les artisans de la victoire collective dans les Coupes des Nations de Fontainebleau et Opglabbeek ; leur 4ème place en individuel et en collectif à Hagen est aussi à noter. La seule note qui fausse un tant soit peu la partition rythmée du couple sont les championnats d’Europe 2016 à Aarhus Vilhelmsborg : une chute sur l’obstacle 10 du vaillant poney et de sa cavalière a sonné le glas de leur espoir de médaille, et Charlotte, son entraîneur et le naisseur de l’étalon préfèrent abandonner, suite à un hématome décelé au check-up vétérinaire. Ces championnats ne sont pas du reste favorables aux autres couples français, et l’année suivante prouve que ces championnats 2016 n’étaient qu’une erreur de parcours. Jugez donc : une nouvelle victoire dans la CDN et une belle 7ème place en individuel au BIP 2017, une 4ème place par équipe à Hagen et la victoire dans le CSIP confortent Charlotte et Quabar dans leur rôle de piliers de l’équipe de France. Cet été-là, ils sont vice-champions de France As Élite Excellence et sont d’office sélectionnés pour les championnats d’Europe 2017 à Kaposvar. Les déboires de l’année précédente sont effacés par la 11ème place en individuel ainsi que la 4ème place par équipe que le couple récolte.

Charlotte Lebas & Quabar des Monceaux – Lamotte 2017. Ph: © Poney AS
Charlotte Lebas & Quabar des Monceaux – Lamotte 2017. Ph: © Poney AS

Un pilier de l’Équipe de France

C’est une belle note sur laquelle Charlotte et Quabar finissent leur collaboration. Le bel étalon bai à 14 ans et est au sommet de sa forme, il fera donc le bonheur d’une nouvelle cavalière. C’est Romane Orhant, alors âgée de 13 ans, qui récupère sous sa selle l’expérimenté monture.Après à peine deux mois ensemble, on les retrouve sur les podiums de deux épreuves au CSIP du Mans ; en février 2018, à la super As de Bordeaux, vitrine sans aucune autre pareille, ils s’emparent de la 1ère place le premier jour et de la 2ème place le jour d’après. La régularité du couple entraîne leur première sélection en équipe de France, lors du BIP à Fontainebleau. Nos amazones françaises réitèrent leur exploit et remportent de nouveau la Coupe des Nations ; dans chaque épreuve, on retrouve Quabar et Romane dans le classement. C’est presque le même scénario lors du CSIP de Hagen, lors duquel la France monte sur la deuxième marche du podium et le couple régulier est classé 4ème lors de la grosse épreuve du weekend. Leur première année ensemble se solde par un titre de vice-champion de France, ce qui ne se démentira pas les années suivantes : en 2018 et 2019, Quabar et Romane sont encore vice-champions de France à Lamotte, signe d’une régularité exceptionnelle.

Leurs trois ans ensemble jusqu’ici forgent le portrait d’un couple harmonieux qui ne semble pas subir la pression de tous les internationaux lors desquels ils représentent la France. Lors de leurs premiers championnats d’Europe en 2018, l’expérience du poney et le talent de sa jeune pilote leur rapportent une 6ème place individuelle, ainsi que la médaille de bronze par équipe. L’équipe de France peut compter sur ses deux incontournables lors des échéances collectives de l’année 2019 : à la Coupes des Nations d’Opglabbeek, les amazones françaises glanent la 1ère place. À Fontainebleau et Hagen, c’est à la 2ème place qu’on les retrouve, tandis qu’en individuel Romane et son « Chouchou » grappillent la 3ème place lors des deux Grands Prix. Pour couronner cette belle année, le groupe France composé de Romane et Quabar, Pauline Scalabre (Sligo de Mormal), Jeanne Hirel (Armène du Costilg), Emma Meric (Venise des Islots) et Ilona Mezzadri (Callas Rezidal Z) remportent la médaille de bronze aux championnats d’Europe de Strzegom.

Romane Orhant & Quabar des Monceaux – TDA Jardy 2019. Ph: © Jump’Mag / Clara Michaux
Romane Orhant & Quabar des Monceaux – Lamotte 2019. Ph: © Jump’Mag / Elsa Saussard
Romane Orhant & Quabar des Monceaux – Ponies Jumping Trophy Paris 2019. Ph: © Jump’Mag / Elsa Saussard

La dernière année de Quabar, qui a aujourd’hui 16 ans, aurait dû se terminer de la meilleure des manières, au vu de la régularité dans les classements qu’il a affiché au cours de sa vie sportive sous la selle de ses excellentes pilotes. Cette saison commençait d’ailleurs plutôt bien, avec des classements dans les TDA de Bonneval et Auvers et une troisième place lors du Pony Jumping Trophy du Salon du Cheval 2019. On peut spéculer qu’il aurait encore remporté le titre de vice-champion de France Excellence encore une fois, voir même la première place du classement ; on aurait aussi envie de parier que Romane aurait conclu ses années poneys avec une sélection pour les championnats d’Europe et avec, pourquoi pas, encore un classement à la clé. On a envie de penser à tous les CSIP auxquels Quabar aurait encore apporté son talent, son sang-froid, sa générosité, comme clé de voûte de l’équipe de France. Mais la pandémie de coronavirus en a décidé autrement : à la FFE et la FEI d’organiser, peut-être, une année de transition pour que tous les cavaliers de cette année blanche puisse exprimer leurs talents une dernière fois.

On aimerait que l’histoire de Quabar des Monceaux sur les terrains de concours se termine de la meilleure des manières, tant il a donné à ses cavalières et à l’équipe de France. Mais spéculer sur l’avenir ne sert à rien, et le poney bai n’a plus rien à prouver, au vu de ses incroyables performances en 12 années de carrière. Qui d’autre que lui peut prétendre à ce titre de pilier de l’équipe de France, avec ses 7 sélections consécutives aux championnats d’Europe et au moins une vingtaine de sélections en internationaux et autant de classements ? On peut humblement penser que le petit étalon restera dans l’Histoire, aux côtés des plus grands poneys toutes générations confondues.

Par Marie Lacombe.

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