PORTRAITS DE CHAMPION | Nino des Buissonets

Steve Guerdat ne serait pas le champion qu’il est aujourd’hui sans son extraordinaire selle français Nino des Buissonnets. Retour sur le fabuleux bai, qui a dépassé les attentes pour devenir un des meilleurs chevaux d’obstacles de ces dernières années.

Le 11 décembre 2016, lors du dernier jour du CHI de Genève, les larmes coulent sur les joues du public et sur celles de Steve Guerdat. Sur les centaines de pancartes qui fleurissent dans l’audience, on peut lire « Merci Nino ». L’émotion est forte sur la mythique piste du concours suisse ce jour-là, pour les adieux de Nino des Buissonnets. Le champion aura reçu un hommage à l’égal de son extraordinaire carrière sous la selle de Steve Guerdat, sur laquelle nous revenons aujourd’hui.

Nino des Buissonnets naît le 24 juillet 2001 à Bondues, dans le Nord, chez Nicolas et Caroline Deroubaix. À sa naissance, ses naisseurs s’avouent un peu déçu : « il était assez petit et chétif », se souvient Philippe Deroubaix pour un interview à L’Éperon. Pourtant, Nino a tout pour devenir un champion, au vu de sa génétique. Son père n’est autre que le célébrissime Kannan, qui est encore à ce jour un des meilleurs reproducteurs mondiaux ; il était réputé et recherché pour sa transmission de sa force, sa locomotion et son équilibre. Le père et le grand-père de Kannan, Voltaire et Furioso II, sont aussi reconnus dans le monde de l’élevage pour les nombreux champions qu’ils ont engendrés. La mère de Nino, Hermine du Prelet, compte aussi dans son ascendance les étalons stars Narcos II et Almé, ancêtres de vainqueurs comme Galoubet A, Jalisco B, Quidam de Revel et Quick Star entres autres. Mais, passé le premier instant de déception, Nino dégage quelque chose qui plaît au frère de son naisseur, Philippe Deroubaix : « en termes de comportement, il était toujours un peu spécial, un peu excité. En tout cas, il ne manquait pas de sang ! »

Des débuts hésitants

À l’âge de deux ans, le poulain bai part au haras des Princes, dans le Pas-de-Calais, où il est débourré par l’éleveur Marius Huchin. Ce dernier remarque tout de suite la graine de champion en Nino. « La première fois que je l’ai vu, il a sauté une barre à 50 cm du sol. J’ai remarqué, à la manière dont il pliait les pattes, qu’il avait vraiment le sens de l’obstacle. Il a du sang, comme on dit dans le milieu. » raconte-t-il. Même son de cloche chez Guillaume Foutrier, le premier à avoir sorti Nino en concours dès ses quatre ans. À Grand Prix, le cavalier français décrit un cheval « qui se démarquait des autres. » Régulièrement classé dans le circuit Jeunes Chevaux, puis les CSI jusqu’au 3 étoiles, le sellefrançais évolue jusqu’à ses 9 ans sous la selle de Guillaume Foutrier. Décrit comme un battant respectueux mais avec trop de caractère, Nino ne fait pas l’unanimité chez les spécialistes ; on lui reproche aussi son galop saccadé et sa carrure charpentée.

Le sacre de Nino

En 2010, il quitte le haras des Princes pour la Belgique, chez le marchand Gilbert de Roock, qui le vend ensuite à l’Allemand Manfred Marschall. C’est là-bas, en juin 2010, que l’œil de Thomas Fuchs, entraîneur de Steve Guerdat, se pose sur Nino et repère le potentiel du jeune cheval. Le cavalier suisse, déjà champion d’Europe par équipe, convainc son mécène Urs Schwarzenbach d’investir dans le grand cheval bai. En décembre de la même année, Nino rejoint son nouveau cavalier dans les écuries du financier suisse à côté de Zurich. C’est avec Steve que s’écriront les plus belles années de la carrière de Nino.

Steve Guerdat et Nino des Buissonnets, c’est un palmarès hors du commun en six années ensemble. Dès leur première année ensemble, en 2011, ils sont classés dans quatre étapes de la Coupe du Monde : deuxièmes à Stuttgart, troisièmes à Lyon et à Helsinki, quatrièmes à Genève. À leur tableau de chasse en 2011, on retrouve aussi une première place dans le Grand Prix du dimanche lors de l’étape à Rio de Janeiro du Global Champions Tour, une victoire dans la Coupe des Nations de Bratislava et des podiums lors des CSIO de Cannes et de Saint-Gall.

2012 est l’année de l’apothéose. Après une deuxième place à la finale Coupe du Monde de Bois-le-Duc, le couple suisse est selectionné pour les Jeux Olympiques de Londres. Comment parler de Nino des Buissonnets sans évoquer son parcours parfait vers la victoire ? C’est le seul cheval des Jeux à avoir fait une double sans-fautes lors de la finale, sous le soleil brulant de la capitale anglaise. Au bout de trois jours d’efforts intenses, le grand selle français semble être le seul cheval encore frais et disponible: il franchit sans effort les montagnes qui le séparent de la médaille d’or. Revenu sur ses parcours de Londres, Steve Guerdat loue l’explosivité et la force de Nino. « C’est comme conduire une voiture superpuissante sur un circuit. Chaque virage est dangereux. On n’a pas le droit à l’erreur […] En piste, il devient Rambo. Rien n’est trop haut ni trop difficile pour lui. » déclare-t-il au journal suisse Le Temps. Le couple participe aussi à la quatrième place par équipe des Suisses, et consolide sa place de pilier de l’équipe helvétique. Outre la consécration à Londres, on retrouve le cavalier et sa monture sur la place haute place du podium à Rio, pour le CSI5* ; à Bordeaux, ils s’adjugent la troisième place du Grand Prix Land-Rover. Enfin, une belle cinquième place leur revient à la Coupe des Nations de Rotterdam.

L’entrée dans la légende

L’année 2013 sourit tout autant à Nino et Steve. Une fois de plus, on les retrouve sur la deuxième marche du podium des GP Coupe du Monde de Stuttgart, Helsinki et Oslo. Lors de la finale à Göteborg, ils s’adjugent aussi la deuxième place. Leur plus belle victoire de l’année est sur leurs terres, à Genève : Nino et son cavalier remportent le GP Rolex en Suisse, devant leur public enthousiaste.

En 2014, le couple est toujours aussi performant. Pour preuve, ils sont encore classés lors des étapes Coupe du Monde de Stuttgart et Oslo, respectivement à la troisième et cinquième place. À Helsinki, pour leur troisième participation consécutive et après deux classements dans cette même épreuve, ils remportent le GP Coupe du Monde. À Saint-Gall, sur leurs terres, ils sont quatrièmes de la Coupe des Nations. La France leur réussit aussi : lors de la finale Coupe du Monde de Lyon et aux Jeux équestres de Caen, on retrouve le Suisse et sa monture à la cinquième place.

2015 est encore une année prolifique pour Steve et son extraordinaire cheval de tête. On les retrouve à la deuxième place de la Coupe des nations et du GP de Saint-Gall, puis cinquièmes au CSI 5* de Knokke. Après leur quatrième place dans le GP Coupe du Monde d’Helsinki, c’est un triomphe en France et en Suisse : en mai, le Jurassien et son tout bon selle français montent sur la plus haute marche du podium à la Baule, vainqueurs du GP de France. En décembre, nouvelle consécration : le couple remporte de nouveau le GP Coupe du Monde Rolex à Genève, et forge un peu plus sa légende.

En 2016, Steve Guerdat rêve de faire ce qui n’a jamais été fait auparavant : conserver sa médaille d’or de Londres, qui plus est avec Nino, le champion de 2012. Même avec l’échéance des JO pendant l’été, Steve et Nino réussissent à prendre la troisième place du CSI 5* de Knokke et la deuxième place de la Coupe des Nations de Rotterdam. Après leur année 2015 flamboyante, tout semble leur sourire. Choisis pour représenter la Suisse dans l’épreuve individuelle, Nino et Steve se rapprochent du doublé en or avec leur nouveau double sans-fautes, comme à Londres. Mais les règles du jeu olympique sont cruelles et la palanque du premier obstacle du barrage tombe. Nino et Steve se retrouvent au pied du barrage, un crève-cœur pour le Suisse qui voulait offrir une seconde médaille olympique à son meilleur cheval. C’est après ce relatif échec, qui ne représente pas les années prolifiques de Nino, que Steve Guerdat annonce la retraite de son champion et ses adieux au public lors du CHI de Genève, à la maison.

La retraite du champion

Pendant six années, les victoires de Steve Guerdat et Nino des Buissonnets auront rythmé les championnats équestres, que ce soit en l’indoor, en l’outdoor, en l’individuel ou en l’équipe. Le fabuleux bai aura trompé les premières impressions qu’on avait de lui à la naissance : le poulain trop petit et trop chétif s’est révélé être une force de la nature, qui voulait avaler les barres et aller toujours plus haut. Sur la piste de Genève en décembre 2016, Steve Guerdat, les larmes dans la voix, aura pu dire un dernier merci à sa « star. » Aujourd’hui âgé de 19 ans, le champion coule une retraite amplement méritée dans les prés verts de Suisse. Pour le monde équestre, Nino des Buissonnets reste une légende, un cheval rentré dans l’Histoire, qui aura marqué de son extraordinaire coup de saut les dernières années : nul doute que son nom restera au firmament des plus grands du monde de l’obstacle.

© CHI de Genève

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